Pourquoi un Kig ha farz peut-il offrir une viande fondante et un far encore pâteux ? Dans cette recette traditionnelle de cuisine bretonne, le secret tient autant au remplissage des sacs qu’au temps passé dans le bouillon. Originaire du Pays de Léon, dans le Finistère, ce pot-au-feu breton associe viandes mijotées, légumes d’hiver et préparations de farine cuites dans une toile.
Pour une tablée de huit personnes, les trois fiches suivantes réunissent le farz noir, le farz blanc et la sauce lipig. Leur fil conducteur : décaler les cuissons pour tout servir chaud, sans transformer le chou en purée. Le sarrasin apporte une texture friable, le froment donne des tranches moelleuses, tandis que les échalotes au beurre relient ces saveurs sans masquer le bouillon.
Ce qu’il faut retenir
- Prévoir environ trois heures de cuisson pour les viandes et deux heures pour les sacs.
- Remplir les toiles aux deux tiers maximum pour laisser gonfler les pâtes.
- Ajouter les légumes progressivement pour préserver leur tenue.
- Émietter le far noir, trancher le blanc et servir le beurre aux échalotes séparément.
Fiche recette : kig ha farz traditionnel au farz noir
Pour 8 personnes. Préparation : 40 minutes. Cuisson : environ 3 heures. Prévoir une marmite de 15 à 18 litres, deux sacs alimentaires en toile serrée, une ficelle de cuisine et un saladier.
Les sacs spécialement conçus pour cette cuisson évitent les tissus traités ou les coutures fragiles. Les mouiller puis les essorer avant remplissage facilite leur manipulation.
Ingrédients du pot-au-feu breton et du farz noir
- 600 g de paleron de bœuf et 600 g de jarret de porc frais.
- 300 g de poitrine demi-sel et 300 g de saucisse bretonne.
- 6 carottes, 3 poireaux, 3 navets et 1 petit chou vert.
- 2 oignons, 2 clous de girofle, 1 bouquet garni et du poivre.
- Environ 5 litres d’eau, à ajuster selon la marmite.
- 400 g de farine de sarrasin, 2 œufs et 25 cl de lait.
- 15 cl de crème épaisse, 40 g de beurre fondu et 4 g de sel.
Préparation du kig ha farz dans l’ordre
- Vérifier le salage. Dessaler la poitrine selon les indications du charcutier. Placer bœuf, jarret et poitrine dans l’eau froide, porter doucement au frémissement et écumer avant d’ajouter les oignons piqués, le bouquet garni et le poivre.
- Préparer la pâte. Mélanger sarrasin, œufs, lait, crème, beurre et sel. Laisser reposer dix minutes : la préparation doit tomber lourdement de la cuillère ; ajouter un peu de lait si elle devient compacte.
- Remplir le sac. Verser la préparation dans la toile sans dépasser les deux tiers de sa capacité. Nouer solidement en laissant de l’espace au-dessus de la pâte, puis immerger après une heure de cuisson des viandes.
- Maintenir un frémissement régulier. Compter environ deux heures pour le sac, immergé pendant toute la cuisson. Ajouter le second sac à ce moment si la version au froment est prévue ; compléter avec de l’eau chaude si nécessaire.
- Échelonner les garnitures. Ajouter carottes et navets une heure avant le service, puis poireaux et chou trente à quarante minutes avant. Introduire la saucisse selon sa nature et le temps indiqué par le fabricant.
- Contrôler puis dresser. Une fourchette doit pénétrer facilement dans les viandes. Sortir le sac, patienter dix minutes, puis le rouler sur le plan de travail avec des gants thermiques pour émietter son contenu sans se brûler.
Une forte ébullition ne raccourcit pas utilement la cuisson : elle bouscule les légumes et trouble le liquide. Le bon repère reste une surface animée de petites bulles.
| Moment | Ajout dans la marmite | Repère pratique |
|---|---|---|
| Départ | Viandes et aromates | Écumer avant d’aromatiser |
| Après 1 heure | Sacs de pâte | Maintenir immergés |
| Après 2 heures | Carottes et navets | Garder de gros morceaux |
| Dernières 30 à 40 minutes | Poireaux et chou | Vérifier leur tendreté |
Variante : une saucisse de Molène apporte une note fumée ; celle de Morteau constitue une autre possibilité. Avec une charcuterie très salée, rectifier l’assaisonnement seulement après cuisson : réduire ensuite le jus concentrerait encore le sel.

Fiche recette : farz blanc moelleux cuit en sac
Pour 8 personnes en accompagnement. Préparation : 15 minutes. Cuisson : environ 2 heures. Le froment donne une préparation plus liée que le sarrasin : elle se tranche plutôt qu’elle ne s’émiette.
Ingrédients du farz blanc
- 250 g de farine de froment.
- 2 œufs et 25 cl de lait.
- 10 cl de crème épaisse.
- 30 g de sucre et 1 pincée de sel.
- 80 g de raisins secs, facultatifs.
Préparation du farz blanc sans fuite
- Mélanger farine, sucre et sel. Incorporer les œufs, puis la crème et le lait progressivement pour obtenir une pâte lisse, épaisse mais coulante.
- Ajouter les raisins si souhaité. Verser dans le second sac humide, rempli aux deux tiers maximum, puis fermer avec suffisamment d’espace pour le gonflement.
- Immerger avec le sac de sarrasin. Après deux heures à petit frémissement, retirer la toile et laisser reposer dix à quinze minutes avant de démouler et de découper.
Variante : supprimer sucre et raisins pour un accompagnement plus neutre. Les tranches refroidies peuvent ensuite dorer au beurre : cette finition poêlée donne une croûte fine, différente du far simplement découpé.

Fiche recette : sauce lipig aux échalotes
Pour 8 personnes. Préparation : 10 minutes. Cuisson : 25 minutes. Cette sauce doit rester douce : des échalotes brunies trop vivement apporteraient une amertume absente du plat mijoté.
Ingrédients de la sauce lipig
- 100 g de beurre demi-sel.
- 4 grosses échalotes finement ciselées.
- 8 à 10 cl de bouillon filtré.
- Poivre selon le goût.
Préparation du beurre aux échalotes
- Faire fondre doucement le beurre dans une petite casserole. Ajouter les échalotes et laisser suer cinq minutes sans coloration.
- Verser le liquide filtré, puis cuire vingt minutes à feu doux, en remuant régulièrement. Ajouter une cuillerée d’eau si le mélange sèche.
- Poivrer et goûter avant de saler. Présenter en saucière pour que chacun dose l’accompagnement sans détremper les miettes de sarrasin.
Accord mets-vin : un Saumur-Champigny jeune, servi légèrement rafraîchi, accompagne les viandes sans durcir la douceur des échalotes. Ses tanins modérés conviennent mieux ici qu’un rouge très boisé, surtout avec la garniture sucrée aux raisins.


